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LES ENFANTS SONT-ILS VRAIMENT DE PLUS EN PLUS GRANDS ?

De la croyance populaire de «grandissement de la taille» à la notion plus scientifique de « variations séculaires de la taille humaine », la question reste très présente, ne serait-ce par la fréquence avec laquelle le problème est abordé dans nos consultations. Il reste en effet très fortement ancré dans l'imaginaire contemporain que la taille des hommes s'accentue de façon régulière, inéluctable et, il faut le dire, disproportionnée par rapport à la réalité.
Rappelons tout d'abord que ce concept date du 19e siècle et de l'essor industriel mais que les têtes pensantes du 18e siècle en avaient une théorie toute différente. En 1718, Henrion dans une Communication à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, affirmait avoir déterminé avec certitude, à l'aide de certaines lois mathématiques, les variations de la taille humaine depuis la création : ainsi, Adam mesurait 123 pieds 9 pouces (environ 40 mètres) et Eve 38 mètres. Après leur faute et jusqu'à l'arrivée du Sauveur, la taille de l'homme ne cessa de diminuer ; Noé ne mesurait déjà plus que 33 mètres et ainsi de suite jusqu'à Hercule (3,33 mètres) et Jules César, dont la taille atteignait à peine 1,62 mètre. D'après cet académicien, la naissance du Christ stoppa fort heureusement ce processus de dégradation et l'homme garda depuis lors à peu près cette même taille. De fait, jusqu'au 19° siècle, il existait un préjugé universellement répandu selon lequel la taille humaine avait décru avec le temps. Swift, en 1726, rapportait cette opinion, comme « poncif en usage chez les moralistes d'Europe, montrant quel animal chétif est l'homme, combien il avait dégénéré au cours de ces derniers temps de décadence universelle, et que les êtres que la nature produisait n'étaient que des avortons en comparaison de jadis ». Sans doute faut-il voir là un des effets du mythe de l'Age d'or. Les poètes et les historiens de l'Antiquité ne prétendaient-ils pas que la race humaine avait commencé de décroître du vivant même d'Homère, comme le rapporte Pline : « le genre humain devient partout de plus en plus petit, c'est une observation à peu près constante : rarement les enfants sont plus grands que leurs pères... Il y a à peu près deux mille ans qu'Homère, ce grand poète, se plaignait sans cesse de la diminution des mortels. »

Trois études publiées dans les dernières années permettent de se faire une idée de la conception actuelle de cette fameuse avance séculaire de la taille.
Dans un travail sur l'incidence de la taille des hommes sur la vie en couple et sur la carrière professionnelle (1), N. Herpin rapporte une enquête de l'INSEE réalisée en 2001 dont il extrait ce tableau :


En moyenne, les jeunes générations sont de taille plus grande que les générations anciennes et les hommes accroissent cet avantage relatif par rapport aux femmes. En France, l’écart à l’avantage des hommes est de 12,2 cm en moyenne parmi les adultes alors qu’il n’était que de 9,7 cm en 1970. Les femmes âgées de 20-29 ans mesurent en moyenne 161,6 cm en 1970 et n’ont gagné que 3 cm en 2001. Parmi les hommes des mêmes âges, la taille moyenne atteint 172,5 cm en 1970 et 177,0 cm en 2001, soit un grandissement de 4,5 cm sur la même période de trente ans.
Pour les anthropologues (2.), ces changements de croissance et de développement sont de bons indicateurs des conditions de vie d'une société, de la situation nutritionnelle et sanitaire. C'est un outil pour examiner les changements d'une société et de sa stratification sociale.
Ces auteurs constatent cependant que la variation européenne observée dans les années 1940 et 1950 a fortement diminué au niveau des années 1980-90. Ils soulignent que, en fonction de l'âge, l'évolution séculaire de la taille est plus élevée durant la période pubertaire: pour la période 1880-1980, on évalue les changements à 1,5 cm par décade pendant l'enfance, 2,5 cm par décade pendant la puberté et 1 cm par décade à l'âge adulte. Ces valeurs pubertaires sont en fait dues à l'accumulation de l'augmentation absolue de taille et au développement pubertaire progressivement plus précoce.
Les différences socio-économiques sont aussi classiquement connues dans la littérature anthropologique avec des tailles et poids moyens plus élevés dans les classes sociales élevées ainsi que des maturations plus précoces. Récemment, des diminutions, voire disparitions, de différences socio-économiques ont été observées ; elles sont des indications d'amélioration des conditions de vie, favorisant les groupes sociaux les moins élevés. Les changements séculaires sont donc plus rapides dans les groupes sociaux défavorisés
L'observation, dans certaines études européennes récentes, d'arrêt de changements séculaires demande une interprétation prudente: il se pourrait que cet arrêt traduise l'absence d'amélioration des conditions de vie, mais il se pourrait aussi que ces conditions, même si certaines améliorations seraient encore observées, auraient atteintes un niveau permettant l'expression optimale des potentialités génétiques.
Dans l'interprétation des changements séculaires, les facteurs génétiques sont difficiles à cerner car les populations humaines changent continuellement par l'intermédiaire des migrations. Les facteurs mésologiques, liés à l’environnement comme la santé et la nutrition, sont mieux documentés : des parallélismes existent entre des changements séculaires et les revenus moyens ou le produit national brut. Ils existent également pour les facteurs nutritionnels en termes quantitatifs, de consommation de protéines, de graisse et/ou de sucre. Les éléments les plus significatifs semblent être la consommation de viande ou de protéines animales. Des facteurs qualitatifs peuvent aussi avoir une influence, tels plus de protéines animales par rapport à des protéines végétales, des graisses animales par rapport à des graisses végétales, de produits laitiers améliorés en vitamines, calcium et phosphore, de changements nutritionnels chez les nouveau-nés.
Enfin, et de façon surprenante, dans un article traduit en français sous le titre : «L'énigmatique évolution de la taille de la population américaine au cours du XXe siècle», John Komlos écrit : «En moins d'un demi-siècle, la morphologie de la population américaine a subi une véritable métamorphose: alors qu'ils étaient encore les plus grands du monde peu après la Seconde guerre mondiale, les Américains se sont fait rattraper, notamment par les Européens ». Les Américains qui s'épaississent et rapetissent seraient donc les grands perdants de l’évolution de la taille humaine, au point que, chez eux, à l'inverse de la tendance générale, les trentenaires sont désormais en moyenne plus grands que les 20 ans, pour la première fois dans l'histoire récente des Etats-Unis.

Au-delà de ces aspects anecdotiques, la stature moyenne des populations est actuellement considérée comme un indice de nutrition nette, représentant la totalité des apports en énergie de la petite enfance et de l’adolescence (nutrition brute), ainsi que la totalité des dépenses en énergie (maladie, travail).


Références :

Nicolas Herpin. La taille des hommes : son incidence sur la vie en couple et la carrière professionnelle. Economie et statistique N° 361, 2003

Susanne, C., Bodzsar, E., Bielicki, T., Hauspie R., Hulanicka, B., Lepage Y., Rebato, E. et Vercauteren, M., 2001, Changements séculaires de la croissance et du développement en Europe. Antropo, 0, 71-90. http://www.didac.ehu.es/antropo/

John Komlos. From the Tallest to (One of) the Fattest: The Enigmatic Fate of the Size of the American Population in the Twentieth Century. Economics and Human Biology 2004, 2 (1): 57–74.

Michel Colle - Bordeaux



       
 
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